Le « PETIT OUVRAGE DU BOIS DE BOUSSE»

L'ouvrage « A24 » dans la terminologie chiffrée des forts de la ligne Maginot se situe sur la commune d'HESTROFF, dans le pays de la Nied. On accède à l'ouvrage par la route reliant Hestroff au village d'Edling. A l'orée de la forêt communale, un petit chemin conduit à l'entrée du fort, le Bloc E.
L'ouvrage est baptisé du nom de Bois de Bousse qui est celui de la forêt où il a été construit, ce qui prête à confusion avec Bousse, village de la rive droite de la Moselle, près de Thionville. Sa qualification de «petit ouvrage» s'explique par l'absence d'artillerie contrairement aux «gros ouvrages» comme le Hackenberg, le Michelsberg ou l'Anzeling.
En 39/40, il appartient au Secteur Fortifié de Boulay et à la Région Fortifiée de Metz qui s'étend de Longuyon à Faulquemont. Rappelons que la mission prioritaire de la Ligne Maginot était de s'opposer, en temps de paix, à une attaque brusquée de l'Allemagne, et ce malgré des garnisons réduites. Ultérieurement et avec l'arrivée de renforts, elle devait résister à une attaque de grand style menée par l'ennemi.
L'ouvrage A24 est implanté sur un petit mouvement de terrain qui domine les voies ferrées Thionville-Hargarten et Metz-Bouzonville (cette dernière n'existe plus aujourd'hui). Il s'intègre dans la chaîne des ouvrages et casemates (Hobling A23, casemates d'Edling, A24, Anzeling A25, Bérembach A26) dont les glacis descendent en pente douce sur la vallée du ruisseau d'Anzeling, face à la frontière allemande à 15 km au-delà. Précisons que, contrairement à une idée très répandue, tous ces organes ne sont pas reliés ensemble par des galeries de communication, chacun d'entre eux étant indépendant. En revanche, des réseaux téléphoniques enterrés les inter connectent. L'ouvrage A24 y est raccordé par deux câbles pénétrant par des forages.
Un obstacle (fils de fer barbelés) court le long de la position fortifié. il est renforcé par un obstacle antichars, le fameux champs de rails à six rangées, sauf devant les casemates d'Edling où le ruisseau d'Anzeling a été aménagé en fossé antichars.
La mission de l'ouvrage A24 est triple :

- Conserver le terrain qu'il occupe,
- Appuyer et flanquer par les feux de ses blocs de combat les organes voisins,
- Surveiller les approches de la position fortifiée.

Le projet de l'ouvrage, conçu par la Direction des Travaux de Fortification de Metz (colonel Grenet et commandant Beaumont), comporte primitivement six émergences actives appelées « blocs ». Sur ce programme, le bloc D (tourelle de mortiers de 81 mm pour le tir courbe dans les angles morts) et le bloc F (coffre du fossé du chemin de fer) ont été supprimés en 1932-33, lors de l'aménagement des crédits. Le puits du Bloc D, déjà creusé pour faciliter la réalisation de la galerie principale, a été remblayé comme on peut le constater lors de la visite.
L'ouvrage est construit de 1931 à 1935 par les entreprises Gianotti (originaire de Nice) et la Parisienne d'Entreprises (de Paris), adjudicataires du gros œuvre des « tranches» de Chémery et d'Anzeling. Des artisans locaux exécutent quelques travaux en sous-traitance. Les chantiers, qui sont menés nuit et jour, nécessitent un personnel abondant. Les témoins oculaires des chantiers de fortification avancent le chiffre de 2500 ouvriers (représentant plus de 10 nationalités différentes !) logeant dans les fermes ou dans les baraques spécialement construites à Hestroff, entre le village et le bois de Bousse.
Les fouilles sont faites à la pelle et à la pioche car les bulldozers, d'un usage si courant aujourd'hui, n'étaient pas encore connus. En revanche, l'exécution des souterrains pose quelques problèmes car les marnes grises du Keuper, qui s'avèrent aussi dures que du roc, nécessitent l'emploi du marteau-piqueur à air comprimé. Le coulage des massifs bétonnés s'effectue à partir d'échafaudages en bois qui s'élèvent à plus de 10 mètres au-dessus du sol.
Les travaux sont conduits et surveillés par le Génie dont les bureaux se trouvent au Streifel, sur la route de Metz-Bouzonville, dans une grande bâtisse qui existe encore aujourd'hui. Citons, pour la postérité, le capitaine Kauffeisen (qui termina sa carrière comme général), le capitaine Fensch, le lieutenant Duchez et l'adjudant-chef Vidal.
L'ouvrage est terminé en 1935. Il est occupé pour la première fois en mars 1936, lors de la remilitarisation de la Rhénanie par Hitler.